(né le 1er novembre 846, mort le 11 avril 879), Philippe II Auguste La dénonciation de Régnault d’Orléans – partisan parmi tant d’autres d’une débilité féminine naturelle pour valider la loi salique – se retourne au bénéfice de celle qu’il stipendie : « Voyla pourquoy l’homme qui a bien cogneu la naturelle inclination de la femme, luy a baillé la principauté de la maison seulement, et luy a laissé le gouvernement des choses par luy acquises »32. La complémentarité roi/reine œuvre encore dans le prolongement d’un couple désuni par la mort et fait de la régence, paradoxalement, une activité domestique. La construction familiale, c’est-à-dire dynastique, passe par un double apport — féminin et masculin — qui explique, sinon justifie, le rôle clé de la mère dans toutes les modalités de la transmission. de la pomme de terre, 16 décembre 1897 : mort de l'écrivain Le baiser qu’Anne d’Autriche rend aussitôt témoigne d’une relation qui dépasse le registre du pouvoir pour s’inscrire dans une autre catégorie, celle d’une profonde affection. Spoliations, proscriptions, assassinats, rien ne fut épargné de part et d’autre. Bavière. La couronne s’affirme donc indisponible et le domaine royal devient, corrélativement, inaliénable. Régence Pour les articles homonymes, voir Régent. Mais au-delà d’une rhétorique du pouvoir, le lien filial qui unit mère et fils, lesquels sont aussi reine et roi, permet la reconstitution d’un couple royal qui représente à la fois continuité dynastique et stabilité politique. Catherine de Médicis sait à son tour user des sentiments qu’elle inspire à ses fils. Fanny Cosandey, « Puissance maternelle et pouvoir politique. 18Le devoir de maternité n’est pas un vain mot : la venue d’un enfant est la seule véritable garantie, pour la reine, d’une incorporation totale et définitive à la monarchie. légende évoquée par Victor Hugo, 18 décembre 1799 : mort du Il succéda à son père le 16 septembre 1380, n’ayant pas encore treize ans accomplis. L’attitude timorée de Louis XIII dans un contexte de conflit ouvert confirme les analyses conduites sous les régences : tenir le roi, c’est tenir l’État61, et l’ascendant d’une reine mère dépasse largement le cadre circonscrit de son autorité déléguée. Anne de Beaujeu, encore, est accusée par Louis d’Orléans de « tenir le Roy en subjection »53, double crime qui consiste à accaparer le pouvoir et à renverser l’ordre naturel de distribution de l’autorité. Charles V explique ainsi le rôle qu’il accorde à la reine mère : Les enfans meneurs d’aage doivent estre nourris et gardez par gens qui parfaictement les aiment, et esquels ne puisse ou doie avoir presomption ou soupeçon d’aucun peril ou dommage de leurs personnes, et que selon raison la mere aime d’amour piteuse plus ses enfants, et a le cueur plus doux et plus tendre d’eux nourrir amoureusement et garder soigneusement leurs corps et leurs biens, que quelconque autre personne, tant leur soit prochaine de lignage, et quant a la tutele et garde de leurs personnes doit estre preferee a tous autres24. Car si la loi salique, qui réserve le trône aux mâles de la famille royale, est propre à la France, la régence au féminin, à l’inverse, est loin d’être une spécificité de cette monarchie. aux pierres dorées (Rhône), 17 décembre 1813 : mort de l'agronome Seule la majorité du roi, fixée à 14 ans par cette même ordonnance, met un terme au pouvoir du régent. D’ORLEANS Regnault, 1597, Les observations de diverses choses remarquees sur l’Estat, couronne et peuple de France, s.l. Les quatre seigneurs qui s’étaient masqués de la même manière périrent dans les flammes sans qu’on pût les séparer, à cause des chaînes dont ils s’étaient attachés. Il est le fils de Charles V et de Jeanne de Bourbon. Dans la continuité de ses travaux sur La reine de France, Paris, Gallimard, 2000, elle travaille sur les questions de pouvoir royal et de puissance dynastique en France sous l’Ancien Régime. 23Le couple mère/fils constamment mobilisé dans les représentations de la régence féminine50 est essentiel à l’image d’une reine qui se présente comme l’instrument de la volonté du prince, le bras qui soutient l’édifice monarchique. La régence est troublée par les querelles entre les oncles de Charles VI, qui en profitent pour s’enrichir au détriment des finances de l’Etat et mener des guerres à leur profit (comme le fit Philippe le Hardi avec la Bataille de Roosebeke en 1382). La régence des Reynes en France, ou les régentes, s.l.n.d. Or cette relation qui se noue à l’intérieur du couple royal reconstitué institue finalement un rapport de subordination inversé. DES MORGUES Mathieu, 1631, La tres humble, tres veritable, et tres importante remonstrance au Roy, imprimée l’an 1631, dans : Diverses pieces pour la defense de la royne mere du roy, s.l. Si le premier prince du sang, Louis d’Orléans, dénonce la mainmise de la princesse royale sur le gouvernement, il n’obtient cependant pas son renvoi. Compte tenu de l'état du roi de France, Henri V d'Angleterre prend la régence de la France. D’autant plus qu’à la même époque, les reines de France se voient confortées dans la dignité souveraine, et partagent avec leurs époux tous les acquis de cette position d’exception, le pouvoir royal mis à part. Richard II, roi d’Angleterre, plus malheureux encore que Charles VI, crut devoir s’appuyer de la France contre les partis qui l’entouraient ; il signa une trêve pour vingt-huit ans, et épousa une fille du roi, qui n’était âgée que de sept ans, alliance qui ne l’empêcha point d’être détrôné quelques années plus tard, sans que les Français essayassent de venger sa mort, malgré l’intérêt qu’ils avaient à s’opposer à l’élévation de Henri IV, père de Henri V, dont l’ambition ne pouvait que leur être fatale. À la fois reine, femme et mère, le personnage royal féminin présente de multiples facettes qui jouent tant dans le processus d’attribution de la régence que dans les conditions d’exercice de ce gouvernement d’exception. Avec les mêmes avantages qu’à Poitiers et à Crécy, ils éprouvèrent le même résultat ; sept princes français restent sur le champ de bataille ; le duc d’Orléanais est fait prisonnier. En fait, les jurisconsultes prennent soin de traiter séparément ces deux questions d’ordre institutionnel qui ne répondent pas aux mêmes impératifs politiques mais renvoient au même problème : celui de la place des femmes dans l’État, dans la famille et, finalement, dans la constitution et la transmission du patrimoine, qu’il soit public ou privé. Et cela d’autant plus que le pouvoir des femmes reste un sujet délicat dans le cadre institutionnel français. Rien de très original à cela : dans la société féodale, les mères obtiennent traditionnellement la garde de leurs enfants jusqu’à la majorité. La principauté de la maison, désormais élargie au royaume par l’accession au trône d’un enfant dont elle a la tutelle, reste dans la main des femmes. A la nouvelle de ce meurtre, Paris entre contre le dauphin dans une fureur impossible à décrire ; on l’accuse d’un crime qui n’est que celui de son parti. vu par les grands écrivains, 27 décembre 1585 : mort du poète Cette dévolution n’est pas purement institutionnelle. Charles VII, dit « le Victorieux » ou « le Bien Servi », né à l'hôtel Saint-Pol à Paris le 22 février 1403 et mort au château de Mehun-sur-Yèvre, résidence royale située à Mehun-sur-Yèvre, entre Bourges et Vierzon, le 22 juillet 1461, est roi de France de 1422 à 1461. 17La mobilisation des qualités royales de la régente, acquises dès sa naissance et confirmées par son mariage, va dans le même sens. C’est parce qu’elle devient mère qu’elle obtient la régence, c’est parce qu’elle est elle-même dans la continuité d’une lignée prestigieuse qu’elle est en mesure de diriger les affaires de l’État, « ayant une meilleure naissance, et une nourriture plus relevée que le vulgaire, l’on en pouvoit attendre que des actions héroiques »41. du roi Henri IV, Molay (Jacques de), grand maître des Templiers DU RUAU Florentin, 1615, Le Tableau de la Régence de Blanche Marie de Médicis, Royne mere du Roy et du Royaume, Poitiers, A. Mesnier. Le peuple se livra avec joie à la guerre civile, non pour assurer son indépendance, mais pour servir des grands, dont l’ambition, la vengeance lui faisaient horreur. Convenances sociales ou sentiments vrais, la gratitude est de règle jusque dans le bilan que les rois dressent de leur minorité. Anjou prend les devants alors que Bureau de la Rivière, ami fidèle de Charles V essaye de prévenir le jeune souverain des dangers qui le menacent. Choisissez un numéro et découvrez les extraits en ligne ! Après on l’a appelé le Roi fou. Le duc de Bourgogne et la reine signent ce traité, afin de prouver que le délire des grands, livrés à leurs passions, peut aller aussi loin que la folie des peuples abandonnés à eux-mêmes. (né le 27 mars 1785, mort le 8 juin 1795), Louis VII le Jeune ou le Pieux, Il y a là un reproche fréquent adressé au pouvoir féminin. C’est sur ce modèle que se calque l’organisation de la régence dans un premier temps. C’est la mission dévolue à la régente, c’est le bilan dont elle s’enorgueillit. Charles V confie la tutelle du roi mineur à la reine en se fondant sur cet état de fait, comme il établit la majorité royale à 14 ans en se fondant sur la tradition28. L'oncle de Charles VI, le duc de Bourgogne Philippe le Hardi, déjà régent durant la minorité du roi (de 1380 à 1388), est fin politique et exerce une grande influence sur la reine. Le comte de Charolais, fils unique et successeur du duc de Bourgogne, devient l’idole du peuple et de la cour ; on ne reconnaît plus qu’un seul ennemi, c’est l’héritier du trône ; non seulement on conclut la paix avec les Anglais, en mariant Catherine, fille du roi, à Henri V, mais on nomme ce roi d’Angleterre régent pendant la vie de Charles VI, et roi de France après la mort de ce prince. mois de décembre glacial, 9 décembre 1824 : mort du peintre Le poids de la régente se fait donc sentir sur l’ensemble du royaume, y compris sur le roi lui-même, incapable de se soustraire véritablement à l’emprise de celle qui l’initie aux affaires de ce monde. 1La régence, sous l’Ancien Régime, va prioritairement aux femmes. La puissance d’Anne de Beaujeu à la tête de l’État passe par celle qu’elle exerce sur Charles VIII : « Elle ne voulut en rien du tout relascher de l’autorité qu’elle avoit usurpée en l’administration des affaires d’Estat, sous ombre du Gouvernement de la personne du Roy qui luy avoit esté confiée, et qui dans un âge de plus de quinze ans, ne parloit encore que par la voix de sa Gouvernante, et n’agissoit que par son organe »52. Les monarques, comme leurs contemporains, voient dans la maternité une réelle garantie pour la protection de l’enfant. Incapables d’usurper, les reines mères se voient régulièrement confier le gouvernement en même temps que l’éducation de leur jeune fils à la mort de l’époux. De fait, s’il était inscrit que les reines mères devaient statutairement assurer la régence, elles n’auraient nullement besoin de jouer des partis en présence pour confisquer l’autorité et opérer, de la sorte, ce qui peut être qualifié de coup de force politique1. Le pire c’est Louis d’Anjou, puis Jean duc de Berry et Philippe duc de Bourgogne. Vie des souverains, faits essentiels, dates-clés. Force est de constater que les plaintes sont restées l’apanage des particuliers. Charles, troisième fils du roi, s’empara de l’autorité : il était de la faction d’Armagnac, et, par un de ces retours si communs dans les troubles civils, la reine, qui avait tant déploré le meurtre du duc d’Orléans, penchait alors pour le parti opposé. Les motivations de la régente sont contenues dans ce sentiment puissant qui l’attache à son fils. C’est à la fois une façon de contourner la difficulté créée par les justifications de la loi salique, et une manière de renforcer les droits de la reine mère au gouvernement du royaume pendant une minorité royale, redonnant ainsi à l’institution monarchique une cohérence que l’exclusion des femmes du trône semblait alors mettre en péril. Histoire‚ femmes et sociétés [En ligne], 21 | 2005, mis en ligne le 01 juin 2007, consulté le 30 décembre 2020. Charles, dauphin, avait formé un parti dans les provinces ; mais la chaleur des factions était si active, que l’héritier de la couronne, avant de marcher sen secours d’une place assiégée par les Anglais, s’informait si elle tenait pour les Armagnacs ou pour les Bourguignons. La régence des reines mères, Représenter une reine de France. Le poison termine ses jours le 18 avril 1416. des vaccins à la rescousse DU CREST Aurélie, 2002, Modèle familial et pouvoir monarchique, Aix-en-Provence, Presses Universitaires d’Aix-Marseille. 1196-1199 : régence d'Aliénor d'Aquitaine, mère de Richard Cœur de Lion ; 1326-1330 : régence d'Isabelle de France, mère d'Édouard III ; 1454-1455, puis 1455-1456, puis 1460 : régence de Richard Plantagenêt, Henri VI étant incapable de régner. Forte des exemples précédents qui ont vu, lors de cette cérémonie, la confirmation du pouvoir des régents, Anne d’Autriche organise à son tour une restitution de son autorité dans un lit de majorité dont la mise en scène porte sur une répartition équivoque de la soumission. [Marie de Méd. Bien des jurisconsultes insistent sur ce point : la régence des reines mères doit être absolue car « elles tiennent leur autorité directement de la loy de l’Estat »46. COSANDEY Fanny, 2004, « Représenter une reine de France. Il n’est plus question, dès lors, que d’une délégation de l’autorité incarnée par le roi. Plusieurs étapes les conduisent à assurer la continuité monarchique en cas de défaillance de l’autorité royale masculine. Marie de Médicis et le cycle de Rubens au palais du Luxembourg », CLIO, Histoire, Femmes et Sociétés, 19, p. 63-83. Cet adage recouvre le principe de l’instantanéité de la succession. demande alors une entrevue avec son fils avant de partir] Le Conseil d’autre part, bien que sa Majesté eust pris une résolution inesbranlable et s’y fust fortifiée par le hazard qu’elle avoit courru, et qu’elle n’apréhendast nullement les parolles, ny les gestes de sa mere, toutefois les charmes de la nature sont tels qu’il est presque impossible aux hommes d’y resister, a plus forte raison à ceux qui n’ont encor atteint cette force entiere, aussi que tous les ordres de l’Estat en general, et chacun en particulier ne désiroit plus vivre sous la loy d’une femme dont aussi tous les jours y avoit plainte à sa Majesté. de Nicolas Rolin, fondateur Elle permet non seulement que l’État soit dirigé par une personne de dignité supérieure — et prédisposée à ce rôle —, mais aussi de reconstituer, dans les figures du pouvoir, le couple royal, désormais composé de la mère et du fils quand il l’était autrefois du souverain et de son épouse34. La ville, épuisée par la guerre civile, leur fait bon accueil sans plus. Ayant atteint sa vingtième année en 1388, Charles prit l’administration de ses Etats, accorda toute sa confiance au duc d’Orléans son frère, se forma un conseil étranger aux factions, et montra, par cette conduite, qui lui attira l’amour des Français, qu’il était loin d’approuver la régence de ses oncles. Les mêmes désordres avaient lieu en Angleterre, sous un roi qui était aussi mineur ; ce qui décida les deux nations à conclure une trêve. Le modèle social rejoint une fois de plus les dispositions d’ordre institutionnel. du 25 décembre, crèche et sapin, 20 décembre 1590 : mort du chirurgien entre histoire et légende, Voltaire (Quand) justifiait l'esclavage De douze enfants que lui avait donnés Isabeau de Bavière, il ne laissa qu’un fils, Charles VII, qui lui succéda, et cinq filles, dont la dernière, mariée à Henri V, était mère du jeune prince qu’on venait de proclamer roi de France, et sœur du roi légitime que l’on proscrivait. Et encore ; la majorité, à quatorze ans, du jeune monarque met rarement fin à l’influence d’une mère qui troque alors son titre de régente pour celui de surintendante de l’État, à la demande de son fils42. (né en 1120, mort le 18 septembre 1180), Charles III le Gros 21À sa suite, Omer Talon, premier avocat du Roy, renchérit : La reine, laquelle ayant la régence de son fils par le droit de la nature, et par le choix qu’en avoit fait le Roy defunt son mary, il estoit à propos qu’elle eust la liberté de choisir tel Conseil, et tels Ministres qu’il luy plairoit, sans estre astrainte à ceux qui estoient denommez en la Declaration du feu Roy ; lesdits ministres devant estre plustost par son election, que par necessité, veu l’authorité Royale et monarchique qui n’a pû estre partagée45. Dans les faits, de telles prérogatives se traduisent par l’exercice d’un pouvoir qui n’est limité que dans le temps. mathématicien Jean-Étienne Montucla, Oingt, le village C'est le fils de Charles V, roi de France de 1364 à 1380, et de Jeanne de Bourbon. La suite le confirme : « je vous prie de continuer à me donner vos bons avis. menu de réveillon et chants, 13 décembre 1935 : mort du chimiste Ces hostilités avaient décidé le roi à aller châtier les Anglais jusque dans leur île. représentation de L'École des Femmes, Un texte anonyme rappelle que « des Reynes ont esté ordinairement préférées en ce choix à tous les princes du sang et autres seigneurs Ecclesiastiques ou séculiers, par cette mesme raison l’on ne peut pas craindre qu’elles usurpent la couronne de la succession de laquelle elles sont incapables par la loy fondamentale de ceste monarchie »18. reine Catherine de Médicis, 28 mars 1757 : exécution de Damiens des Hospices de Beaune, 29 décembre 1743 : mort du peintre La régence peut ainsi apparaître comme l’apothéose d’une carrière politique qui s’amorce avec les noces et s’affirme avec un dauphin, car l’assurance d’un héritier est la clé d’un mariage réussi. Victor Grignard, C’est une « Royne aussi grande de courage que de sang et de naissance, d’authorité en sa régence »40 qui préside désormais aux destinées de la France. Charles n'ayant que douze ans à la m… 5C’est cette articulation entre données institutionnelles et données sociales, entre pratiques politiques et pratiques familiales qu’il s’agit ici d’analyser, tant dans les discours tenus sur la régence que dans l’effectivité du pouvoir exercé par celle qui est, statutairement, exclue de l’héritage capétien sans être écartée de la scène politique.